Programme I. Souveraineté économique de l’Union européenne et processus d'influence
Septembre 2026 - Ma lecture de l'ouvrage de Charles Salvaudon (mars 2026) : « COMMENT COMPRENDRE LE MONDE POUR MIEUX DÉCIDER- Géopolitique pour l’Entreprise
Sa thèse est la suivante : l’entreprise est devenue actrice, cible, outil, symbole, partenaire, adversaire de questions géopolitiques jusqu’alors largement réservées aux Etats et organisations publiques internationales. Les frontières géographiques sont devenues à la fois réglementaires, technologiques, culturelles, idéologiques, numériques, et énergétiques et se déplacent et se recomposent. Dans cet environnement, l’entreprise doit développer la capacité à penser le monde pour pouvoir y réagir : elle occupe désormais un rôle qui dépasse largement son ambition première.
Ce livre est une invitation à regarder la géopolitique comme une force qui traverse les organisations, influence les décisions, révèle les vulnérabilités et ouvre des opportunités car les entreprises doivent se transformer pour continuer d’exister dans un monde instable. L’ouvrage est structuré en 3 parties : les grandes dynamiques géopolitiques qui redéfinissent l’environnement des affaires ; l’impact sur les organisations, leurs chaînes de valeur et leurs processus internes, enfin, une proposition de méthode de géopolitique appliquée, pour construire une entreprise résiliente.
Parmi les divers chapitres écrits dans un style très concis et direct, car les dirigeants d’entreprise et les administrateurs n’ont pas le temps de lire de la prose, j’ai été autorisée par l’auteur (qui est entre autres, expert au CEDE), par estime personnelle, à extraire et m’approprier quelques pages concernant mes sujets d’intérêt par excellence : l’Union européenne en mode macro, la gouvernance d’entreprise en mode micro. Mais j’invite le lecteur et particulièrement les dirigeants d’entreprise et d’organisations ou les gouvernants à lire tout le livre et le conserver à son chevet pour y revenir souvent.
Depuis la fin de la guerre froide, l’avènement d’un ordre international fondé sur la coopération, l’universalité des règles et l’intégration économique mondiale portée par l’Occident était de mise. Vision qui vole en éclats entre la désoccidentalisation du monde, la multiplication des foyers de crise, la remise en cause des institutions internationales telles que construites, l’ascension du Sud, la technologie comme instrument majeur de rivalité géopolitique, la question vitale de la dépendance à certaines ressources et l’instabilité sociale et politique. La réindustrialisation et les nationalismes économiques resurgissent sous diverses formes selon le paysage démocratique de l’Etat ou la zone considérée : pour les entreprises, cela signifie : dépendances critiques (énergie, matières premières minérales dont les terres rares, denrées agricoles mais aussi désormais l’eau), vulnérabilités nouvelles (cybersécurité , câbles sous- marins, pipelines, réseaux électriques, mines, raffineries) mais aussi de nature réputationnelle car les entreprises sont sommées de retirer des investissements, d’interrompre des partenariats, ou de limiter leurs activités dans certains pays.
Enfin, nécessité d’intégrer la sécurité nationale dans leur stratégie, notamment quant à l’accès à l’IA car la souveraineté numérique est une question vitale. Constatons par exemple comment lors même que l’Europe est massivement dépendante des infrastructures américaines, elle est également parfois en difficulté quant au contrôle de ses données, malgré des interventions réglementaires et un statut relatif de puissance normative ;
Ainsi il n’est plus possible d’être une entreprise globale sans être géopolitique. Alors, face aux tensions géopolitiques, des stratégies de nearshoring (rapprocher la production), de friendshoring (produire dans des pays politiquement alignés), et de multisourcing (ne pas dépendre d’un seul fournisseur) visent à réduire l’exposition géopolitique dans une logique de résilience. Mais il faut aller plus loin et composer une logique d’anticipation. Et c’est au cœur de la gouvernance de l’entreprise d’un groupe que cela doit se passer : plus l’entreprise est géographiquement étendue, plus sa cohérence stratégique doit est renforcée. Elle doit consolider son architecture de pouvoir interne, d’autant que l’Etat intervient de plus en plus (contrôle des IDE, des subventions, des fusions, etc.)
L’entreprise est un microcosme géopolitique et doit avoir une gouvernance qui lui permet d’anticiper les tensions internes, de réussir des fusions, d’harmoniser les cultures, et de naviguer dans un monde fragmenté, comme elle permet de mettre en place des chaînes de valeur mondiales résilientes exemptes au maximum de segments faibles. En pratique, le COMEX intègre la géopolitique à chaque discussion stratégique, valide les scénarios clés, ajuste les priorités d’investissement, et arbitre entre résilience et rentabilité et le Conseil d’Administration, organe de supervision veille à la bonne gouvernance du risque géopolitique, évalue les expositions majeures, contrôle les dispositifs de résilience, interroge les dirigeants sur les scénarios extrêmes.
L’Union européenne : une puissance normative, des vulnérabilités stratégiques et une recomposition géopolitique
L’Union européenne (UE) demeure l’une des plus grandes puissances économiques du monde :450 millions de consommateurs- 16 % du commerce mondial- Premier bloc réglementaire global- Leader mondial en normes (RGPD, climat, concurrence)- Marché stratégique pour les entreprises internationales.
Mais elle traverse une décennie de turbulences géopolitiques : Guerre en Ukraine ; Dépendance énergétique révélée ; Fragmentation interne ; Incohérences stratégiques entre États membres ; Pression américaine (technologie) et chinoise (commerce) ; Montée des populismes ; Incertitudes sur la défense européenne ; Réindustrialisation encore fragile. Des signaux faibles observés avant les crises actuelles faisaient présager une décennie de recomposition interne : tensions au sein du couple franco-allemand, dépendance énergétique structurelle avant 2022, montée du souverainisme dans plusieurs pays, retard technologique croissant vis-à-vis des USA et de la Chine, difficulté de réindustrialisation, débat non résolu sur l’élargissement (Balkans, Ukraine)
Pour les entreprises, l’UE est à la fois : Un marché hautement attractif -Un espace réglementaire exigeant -Un système sous tension -Une zone en transition profonde
L’UE exerce un pouvoir global via : ses normes environnementales, règles de concurrence, un cadre de protection des données (RGPD) et larégulations sur l’IA, la tech, la finance ; ce “soft power” est unique mais contesté. La guerre en Ukraine a révélé une dépendance énergétique dangereuse, une absence d’autonomie militaire, une fragilité dans la politique étrangère commune et un besoin urgent de réindustrialisation. Par ailleurs, les USA imposent leur extra terriorialité juridique (OFAC, FCPA), leurs normes technologiques, leurs exigences de sécurité (5G, cloud, IA) mais demeurent des alliés indispensables (pression technologique et sécuritaire) ; la Chine, elle reste un marché important et un fournisseur majeur exerçant une pression : elle est partenaire et rival avec une forte présence industrielle. Ainsi, l’UE est “entre deux feux”. En parallèle en interne, la cohésion n’est pas suffisante et des fragmentations internes peuvent mettre le projet européen en péril : divergences Nord / Sud / Est / Ouest, souverainisme, difficultés de prise de décision à 27.
Les acteurs clés internes demeurent la Commission européenne qui dispose d’une réelle capacité à influencer les pratiques mondiales et les 27 États membres avec des leaders parfois fragilisés (France : moteur politique mais remis en cause + défense et nucléaire -Allemagne : puissance industrielle mais affaiblie - Pologne + pays baltes : ligne dure sur Russie – Etats du sud qui ont des préoccupations sociales et financières) ce qui rend vital une capacité à décider ensemble. Mais le Parlement en ces questions ne peut être négligé.
Pour les entreprises européennes soumises à ces normes strictes (ESG, climat, data), on peut identifier 7 types de risque : politique, sécuritaire, économique, technologique, énergétique, supply chain, réputationnel.
L’auteur elabore par ailleurs 4 Scénarios prospectifs (2024–2035) : Europe puissance normative renforcée (45 %)- Fragmentation politique accrue (30 %)- Récession stratégique (15 %)- Intégration accélérée (10 %)
Les Recommandations essentielles pour les dirigeants : Renforcer la conformité réglementaire ; Diversifier les chaînes de valeur ; Investir dans la transition énergétique ; Construire une diplomatie d’entreprise proactive ; Développer des stratégies technologiques hybrides ; Adapter les modèles d’affaires
Des indicateurs d’alerte à suivre: évolution de la guerre en Ukraine, cohésion France–Allemagne, avancées sur défense européenne, nouvelles réglementations (IA, climat, finance), relations UE–Chine, élections européennes et nationales, transition énergétique et prix du gaz
Une MÉTHODOLOGIE DE CONSTRUCTION DE SCÉNARIOS GÉOPOLITIQUES POUR L’ENTREPRISE structurée en 8 étapes: chaque scénario doit contenir : une hypothèse structurante (le “moteur” du scénario), une chaîne de causalité (comment on arrive au scénario), les rôles des acteurs (motivations + capacités), les indicateurs d’alerte (early warnings), l’impacts business détaillés et les décisions à prendre si le scénario se confirme
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Juillet 2026 : "FILTRAGE DES INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS (IDE) – INSTRUMENT DE SÉCURITÉ ÉCONOMIQUE NATIONALE OU ENJEU DE SOUVERAINETÉ EUROPÉENNE ?
Viviane DE BEAUFORT, Guillaume GENTILE - ESSEC RESEARCH CENTER WORKING PAPER 2610 JULY 24, 2026
Inscrivant son analyse au cœur des conflictualités géoéconomiques contemporaines, cet article examine les dynamiques politiques et juridiques sous-jacentes à la réforme européenne de 2026 relative au filtrage des investissements directs étrangers (IDE)3. En ouvrant la « boîte noire » des négociations du trilogue, l'étude met en lumière un changement de paradigme majeur : la métamorphose de ce filtrage, d’une exception liée à l’exercice de la sécurité économique nationale en un véritable instrument doctrinal de souveraineté communautaire. L'analyse décrypte ainsi les tensions inhérentes au modèle européen de « patriotisme libéral », tiraillé entre attractivité financière et impératif de protection – tout en révélant les luttes agonistiques complexes qui opposent ambitions supranationales et résistances souverainistes des États membres. À l'aune de ses mesures novatrices, l’article démontre que ce nouveau règlement dépasse la simple fonction d'outil de protection pour s'affirmer comme le vecteur d'une identité politique européenne inédite, s'efforçant de concilier souverainetés nationales, destin économique commun et impératif d'attractivité.
Juin 2026 : Poursuivre des activités en zone de conflit : Aspects juridiques - Éthique ou business ? Le cas de la Russie
Viviane de Beaufort , Aurélien Colson - ESSEC RESEARCH CENTER WORKING PAPER 2607
Face au conflit russo-ukrainien, les grandes entreprises françaises implantées en Russie se trouvent confrontées à une triple tension : juridique, économique et éthique. Cette recherche interroge les conditions dans lesquelles le maintien d'activités en Russie peut être considéré comme compatible avec les exigences du droit international et les standards éthiques contemporains, alors même que le cadre juridique existant ne permet pas d'imposer un retrait immédiat. En articulant trois axes d'analyse (le risque juridique au regard du droit humanitaire international, du devoir de vigilance et de la législation anticorruption, le calcul coûts/opportunités de la cessation d'activité face aux sanctions et à l'hostilité croissante de la Russie envers les groupes occidentaux, enfin, l'analyse ESG intégrant le risque de réputation et l'alignement avec la position diplomatique de l'État d’appartenance (ici la France), une réflexion sur la gouvernance d'entreprise responsable est proposée interpellant la place de l'éthique, au-delà de la stricte conformité au droit, dans un contexte de confrontation de civilisations.
16 juin 2026 : Débat sur la compétitivité et la résilience des secteurs agroalimentaire et automobile
Débat organisé pour la filière affaires européennes à Essec-Cergy avec le soutien de la Chaire Jean Monnet et l'association EUREKA.
1. Une Europe non préparée et vulnérable : les défis du secteur agroalimentaire Invité Mathieu CLEACH
Résumé : En 2026, l'industrie automobile européenne traverse une crise profonde due à un retard technologique face à la concurrence chinoise et américaine, qui provoque une perte d'emploi massive. Cette fragilité est accentuée par une transition électrique coûteuse, des vulnérabilités énergétiques liées aux tensions géopolitiques et une dépendance accrue aux métaux critiques. Pour y répondre, l'Union européenne adopte une stratégie pragmatique : une baisse des objectifs de réduction de CO2 pour 2035 et en renforçant le protectionnisme, laissant plus de flexibilité aux entreprises pour concilier transition énergétique et rentabilité économique. Finalement, ce changement de cap illustre la volonté de l'Europe d'affirmer sa souveraineté industrielle en co-rédigeant les nouvelles règles mondiales avec les acteurs majeurs de la filière.
2. Défis vitaux du secteur automobile européen - Invitée Aurélia Debru
Résumé : En 2026, l'agroalimentaire européen subit une crise systémique liée au dérèglement climatique, à l'instabilité géopolitique et à une forte dépendance aux engrais. Le secteur est confronté à une « faillite hydrique », ce qui génère des tensions juridiques entre les industriels en quête de flexibilité et les acteurs défendant la protection des ressources. La dégradation de la balance commerciale et les tensions avec la Chine poussent l'UE vers des alliances comme le Mercosur, malgré les fortes oppositions des filières locales. La résilience s'organise autour d'objectifs de sobriété, de modernisation technologique de l'irrigation et d'une transition nécessaire vers des modèles agricoles moins intensifs en intrants. Cette mutation exige une nouvelle gouvernance européenne où la souveraineté alimentaire devient un arbitrage politique majeur entre compétitivité économique et impératifs écologiques.
14 avril 2026 : Débat sur les Océans - Les multiples enjeux liés au maritime pour l'UE
Débat organisé pour la filière affaires européennes à Essec-Cergy avec le soutien de la Chaire Jean Monnet et l'association EUREKA.
Ce débat a abordé de manière complète les enjeux maritimes qui concernent directement la souveraineté et la stratégie de puissance de l’Union Européenne en 2026. Enjeux de ressources, de sécurité, souveraineté, mais aussi militaires, énergétiques et environnementaux : autant de défis qui doivent être objet de priorité pour l’UE si elle souhaite dépasser le stade de puissance normative et devenir une puissance opérationnelle.
Lire : https://europe.vivianedebeaufort.fr/2026/05/02/oceans-les-multiples-enjeux-lies-au-maritime-economie-bleue-pour-lue/
CR sur le blog Europe : UE- Reconquête d’une compétitivité durable – Le Saint Graal?
1️⃣ Gilles BRIATTA, Senior Counsel chez Gide Loyrette Nouel
💬 “Rien ne se fera sans une pression forte et constante des entreprises européennes” — il plaide pour une mobilisation active du tissu économique et l’achèvement du marché intérieur.
2️⃣ Michel Derdevet, EVP chez NAAREA, Senior Advisor chez EY-Parthenon
💬 “La souveraineté énergétique ne se décrète pas, elle s’organise” — un appel à la coordination européenne pour sécuriser les chaînes de valeur critiques.
3️⃣ Myriam El Andaloussi, avocate chez CMS Francis Lefebvre Avocats
💬 “Une régulation exigeante peut être un levier d’innovation durable” — elle explore comment la norme européenne peut cesser d’être un frein et devenir un levier.
4️⃣ Jean-Régis Kunégel, expert associé au Centre Européen de Droit et d’Économie
💬 “La compétitivité ne se décrète pas, elle se construit dans la durée” — il interroge les conditions de souveraineté dans les industries de santé.
En amont du débat, une synthèse du rapport Draghi réalisée par Célestine Phe (Essec & Droit Paris 2-Assas) , enrichie d’une comparaison des textes principaux portant sur la compétitivité : Compétitivité – la situation inquiétante de l’Europe – Rédactionnel réalisé en préparation du débat du 17 juin 2025 avec Célestine Phe, monitrice ESSEC.
Avec les MSDAIM 2025, Filière affaires Européennes Essec et des experts du CEDE : Agnès Dubois Colineau, Erika Wolf, Nicolas Burnichon, Hugo Partouche, Myriam El Andaloussi, Ghenadie Radu et Mathieu Cleach
Blog Europe de Viviane de Beaufort (avec le soutien de WIlliam Ouensanga) :
L’UE face aux grandes puissances économiques : faire le dos rond ou contre-attaquer ? (enjeux de politique commerciale)
Numérique : entre souveraineté numérique, valeurs de l’UE et concurrence internationale: Peut on encore contrôler les GAFAM - Ces entreprises États ?
Rétrospectives sur les pressions exercées contre le Green Deal - Forum pour l’investissement responsable, 7 avril 2025.
Du Lobbying au E-lobbying, 2019. Ouvrage, éditions LARCIER - Bruxelles.
Clés de lecture d'étudiants du MSDAIM ESSEC: Débat lors des élections 2024 avec les MSDAIM ESSEC 2024
Articles du Blog Europe :
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Avant la chaire Jean Monnet 2023-2026 : Quelques publications priorisées
2019 - Manuel de Droit européen des Affaires et politiques européennes, 2ème édition, Larcier, 405 pages (2019), Bruxelles
2018 - Pulse Linkedin - ex : USA et règles du commerce international
2018 [Ed] (2018). Le Lamy contrats internationaux - Etude 100. Wolters Kluwer, direction d'ouvrage collectif
2016 L’affectio societatis Européen ou la quête du Saint Graal. Revue Politique et Parlementaire.
2016 L'Europe en danger d'implosion. Cahiers de la sécurité et de la justice, (38), pp. 164-167.